Lettre d'Hugo CHAVEZ au Secrétaire général de l'ONU. "La Palestine vaincraé
Par Votre serviteur le mercredi 28 septembre 2011, - Le global - Lien permanent
Son Excellence
M. Ban Ki-Moon
Secrétaire général
Organisation des Nations Unies
Monsieur le Secrétaire général ;
Honorables représentants des peuples du monde,
Je m’adresse à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies, à
cette grande tribune où sont représentés tous les peuples de la Terre, pour
réaffirmeraujourd’hui et en ce lieu l’appui total du Venezuela à la
reconnaissance de l’État de Palestine, au droit de la Palestine de se convertir
en un État libre, souverain et indépendant. Il s’agit là d’un acte de justice
historique envers un peuple qui porte en soi, depuis toujours, toute la douleur
et toute la souffrance du monde,
Le grand philosophe français Gilles Deleuze a dit, empruntant l’accent de la
vérité, dans son ouvrage mémorable La grandeur de Yasser Arafat : La cause
palestinienne est avant tout l’ensemble des injustices que ce peuple a subies
et ne cesse de subir.Elle est aussi – oserai-je ajouter – une volonté de
résistance permanente etirreductible qui est d’ores et déjà inscrite dans la
mémoire héroïque de la condition humaine. Une volonté de résistance quijaillit
du plus profond amour pour la terre. Mahmoud Darwish, cette voix infinie de la
Palestine possible, nous parle depuis le sentiment et la conscience de cet
amour :
Qu’avons-nous besoin du souvenir
le Carmel est en nous
et sur nos paupières pousse l’herbe de Galilée
Ne dis pas : Que ne courrions-nous pas comme un fleuve pour le rejoindre
Nous sommes dans la chair de notre pays
Il est en nous
Contre ceux qui soutiennent à tort que ce que le peuple palestinien a souffert
n’est pas un génocide, Deleuze soutient avec une lucidité implacable : D’un
bout à l’autre, il s’agira de faire comme si le peuple palestinien, non
seulement ne devait plus être, mais n’avait jamais été. C’est là -
comment dire ? – le degré zéro du génocide : décréter qu’un peuple n’existe pas
; lui nier le droit à l’existence.
À ce sujet, saluons la raison du grand écrivain espagnol Juan Goytisolo
lorsqu’il affirme catégoriquement : La promesse biblique de la terre de Judée
et de Samarie aux tribus d’Israël n’est pas un contrat de propriété entériné
par-devant notaire qui autorise à expulser de leur terre ceux qui y sont nés et
qui y vivent. Aussi la solution du conflit du Moyen-Orient passe-t-elle
forcément par la justice à rendre au peuple palestinien : telle est la seule
voie si l’on veut conquérir la paix.
Nous souffrons et nous indignons en constantant que ceux qui ont subi l’un des
pires génocides de l'Histoire se sont convertis en bourreaux du peuple
palestinien ; nous souffrons et nous indignons en constatant que le legs de
l’Holocauste est la Nakba. Et il est simplement indignant de constater que le
sionisme continue de recourir au chantage de l’antisémitisme contre ceux qui
s’opposent à ses sévices et à ses crimes. Israël a instrumentalisé et
instrumentalise d’une façon éhontée et vile la mémoire des victimes. Et il le
fait pour pouvoir agir en toute impunité contre la Palestine. Il va sans dire,
au passage, que l’antisémitisme est une plaie occidentale, européenne, dont les
Arabes ne sont pas partie prenante. De plus, n’oublions pas que c’est le peuple
sémite palestinien qui souffre de l’épuration ethnique pratiquée par l’État
colonialiste israélien.
Qu’on me comprenne bien : une chose est de refuser l’antisémitisme, et une
autre, très différente, est d’accepter passivement que la barbarie sioniste
impose au peuple palestinien un régime d’apartheid. D’un point de vue éthique,
quiconque refuse la première doit condamner la seconde.
Qu’il me soit permise une digression nécessaire : il est franchement abusif de
confondre sionisme et judaïsme ; nombre d’intellectuels juifs, tels Albert
Einstein etErich Fromm, se sont chargés de nous le rappeler au fil du temps.
Et, aujourd’hui, de plus en plus de citoyens conscientsau sein même d’Israël,
s’opposentouvertement au sionisme et à ses pratiques terroristes et
criminelles.
Il faut le dire clairement : le sionisme, comme vision du monde, est
foncièrement raciste. Ces affirmations de Golda Meir, d’un cynisme atterrant,
en sont une preuve criante : Comment pourrions-nous rendre les territoires
occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre ! Ce que l’on appelle les
Palestiniens n’existe pas. Ce n’était pas comme s’il y avait eu un peuple en
Palestine qui se considérait comme le peuple palestinien, et que nous étions
venus, les avions jetés et leur avions pris leur pays. Ils n’éxistaient
pas.
Rappelons-nous : c’est dès la fin du XIXesiècle que le sionisme a parlé du
retour du peuple juif en Palestine et de la création d’un État national qui lui
soit propre. Cette prise de position s’imbriquait parfaitement dans le
colonialisme français et britannique, comme il ferait ensuite dans
l’impérialisme yankee. L’Occident a, depuis toujours, appuyé et encouragé
l’occupation sioniste de la Palestine par la voie militaire.
Lisez et relisez donc ce document qui estconnu historiquement comme
laDéclaration de Balfour de 1917 : le gouvernement britannique s’arrogeait la
faculté de promettre aux juifs un foyer national en Palestine, en
dénigrantdélibérément la présence et la volonté de ses habitants. Et rappelons
que chrétiens et musulmans ont vécu en paix, des siècles durant, en Terre
sainte jusqu’à ce que le sionisme ait entrepris de la revendiquer comme sa
propriété entière et exclusive.
Rappelons encore que, dès la deuxième décennie du XXe siècle, le sionisme,
profitant de l’occupation coloniale de la Palestine par la Grande-Bretagne, a
commencé à développer son projet expansionniste. Et qu’à la fin de la Seconde
Guerre mondiale, le peuple palestinien verrait sa tragédie empirer par son
expulsion à la fois de son territoire et de l’Histoire. La résolution 181 des
Nations Unies – ignominieuse et illégale – recommanda en 1947 la partition de
la Palestine en un État juif, en un État arabe et en une zone sous contrôle
international (Jérusalem et Bethléem), concédant ainsi – quelle honte ! – 56%du
territoire au sionisme pour qu’il y constitue son État. Cette Résolution
violait de fait le droit international et bafouait d’une manière flagrante la
volonté des grandes majorités arabes : le droit des peuples à
l’autodétermination devenait lettre morte.
De 1948 à nos jours, l’État sioniste a poursuivi sa stratégie criminelle contre
le peuple palestinien. Pour ce faire, il a toujours pu compter sur un allié
inconditionnel : les États-Unis d’Amérique. Et cette inconditionnalité se
traduit par un fait bien concret : c’est Israël qui oriente et fixe la
politique internationale étasunienne au Moyen-Orient. Edward Saïd, cette grande
conscience palestinienne et universelle, soutenait avec force raison que tout
accord de paix qui se construirait sur l’alliance avec les USA, loin
d’amenuiser le pouvoir du sionisme, le conforterait.
Toutefois, contrairement à ce qu’Israël et les États-Unis prétendent faire
croire au monde à travers les multinationales de la communication et de
l’information, ce quiest arrivé et continue d’arriver en Palestine n’est pas –
disons-le avec Saïd– un conflit religieux : c’est un conflit politique marqué
du sceau du colonialisme et de l’impérialisme ; ce n’est pas un conflit
millénaire : c’est un conflit contemporain ; ce n’est pas un conflit qui est né
au Moyen-Orient : c’est un conflit qui est né en Europe.
Quel était et quel est encore le nœud du conflit ? Le fait qu’on privilégie
dans les discussions et les analyses la sécurité d’Israël, jamais celle de la
Palestine. L’histoire récente le corrobore : il suffit de rappeler la nouvelle
équipée génocidaire déclenchée à Gaza par Israël à travers l’opération Plomb
fondu.
La sécurité de la Palestine ne peut se réduire à la simple reconnaissance
d’unauto-gouvernement limité et d’unauto-contrôle policier dans ses « enclaves
» de la rive ouest du Jourdain et de la bande de Gaza, tout en ignorant non
seulement la création de l’État palestinien dans les frontières antérieures à
1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, les droits de ses nationaux et le
droit de son peuple à l’autodétermination, mais encore le droit à la
compensation et le droit au retour de la moitié de la population palestinienne
dispersée dans le monde entier, comme le stipule la Résolution 194.
Il n’est pas croyable qu’un pays, Israël, qui doit son existence à une
résolution de l’Assemblée générale puisse mépriser à ce point les résolutions
émanant des Nations Unies ! Voilà ce que dénonçait le père Miguel D’Escoto
quand il réclamait la fin du massacre de la population de Gaza fin 2008 et
début 2009.
Monsieur le Secrétaire général ;
Honorables représentants des peuples du monde,
On ne saurait ignorer la crise des Nations Unies. Nous avons soutenu, en 2005,
devant cette même Assemblée générale, que le modèle des Nations Unies était
épuisé. Le fait que le débat sur la question de Palestine ait été ajourné et
qu’on soit en train de le saboter ouvertement en est une nouvelle
confirmation.
Washington ne cesse de répéter depuis plusieurs jours qu’il opposera son veto,
au Conseil de sécurité, à ce qui sera une résolution majoritaire de l’Assemblée
générale : à la reconnaissance de la Palestine comme membre de plein droit de
l’ONU. Nous avons d’ores et déjà déploré, aux côtés des nations sœurs qui
constituent l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA), dans
la Déclaration de reconnaissance de l’État de Palestine, qu’une aspiration si
juste soit bloquée par ce biais. L’Empire, nous le savons tous, prétend dans ce
cas comme dans d’autres imposer un deux-poids-deux-mesures dans l’arène
internationale : c’est là la double morale yankee qui, tout en violant le droit
international en Libye, permet à Israël de faire ce qu’il lui chante, devenant
ainsi le principal complice du génocide que la barbarie sioniste commet contre
les Palestiniens. Je rappelle une phrase de Saïd qui met bien le doigt sur la
plaie :compte tenu des intérêts d’Israël aux États-Unis, la politique de ce
pays au Moyen-Orient est donc israélocentriste.
Je voudrais conclure en faisant entendre la voix de Mahmoud Darwish dans
sonmémorable poème Sur cette terre :
Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre
il y a sur cette terre,
le commencement des commencements,
la fin des fins.
On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine.
Madame, je mérite, parce que vous êtes ma dame,
je mérite de vivre.
Elle continuera de s’appeler la Palestine. La Palestine vivra et vaincra !
Vive la Palestine libre, souveraine et indépendante !
Hugo Chávez Frías
Président de la République bolivarienne du Venezuela
